Évaluation mensuelle · Septembre 2026
Marchés et matières premières
Marchés
Le conflit a atteint les investisseurs par la hausse des taux d’intérêt, aux États-Unis par celle des rendements réels ; en fin de mois, seuls les rendements américains ont continué de monter, sans qu’il soit établi que ce mouvement vienne du pétrole, et sur la même période les emprunteurs américains les plus fragiles ont payé plus cher
En septembre, c’est par les taux d’intérêt que le conflit a atteint les investisseurs, aux États-Unis par la hausse des rendements réels et non par celle de la compensation de l’inflation, tandis que l’Europe en a surtout payé le prix par l’énergie. Trois banques centrales ont relevé leurs taux en l’espace de neuf jours. Le 10 septembre, la BCE a porté son taux de la facilité de dépôt à 2,50 %, une décision qu’elle a elle-même liée au conflit au Moyen-Orient. Le 16 septembre, la Réserve fédérale (la Fed) a porté la fourchette cible de ses taux directeurs à 3,75 %–4,00 %, en invoquant une inflation élevée et une activité solide ; son président, Kevin Warsh, a cité la géopolitique comme troisième facteur. La Banque du Japon a suivi le 18 septembre.
Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans est passé de 4,75 % à 5,26 %. La quasi-totalité de cette hausse a porté sur le rendement corrigé de l’inflation (rendement réel), qui a atteint 2,91 %. Le point mort d’inflation à 10 ans, qui mesure la compensation de l’inflation exigée par les investisseurs et ne constitue pas une prévision d’inflation, a terminé le mois à 2,36 %, en hausse de 5 points de base (pb) seulement.
Le coût de l’emprunt a augmenté des deux côtés de l’Atlantique. Le rendement à deux ans de la zone euro, sur lequel sont tarifés les nouveaux emprunts à taux fixe en euros, a progressé de 0,35 point de pourcentage, à 3,21 %, au 29 septembre, et celui à dix ans est monté à 3,61 %. Les emprunteurs en dollars ont subi une hausse plus marquée, le rendement américain à deux ans atteignant 4,89 %. Les prix obligataires ont reculé, davantage en dollars qu’en euros, et la trésorerie est mieux rémunérée. En fin de mois, la hausse ne s’est poursuivie qu’aux États-Unis : du 25 au 29 septembre, les rendements de la zone euro se sont détendus tandis que les rendements américains montaient, et l’écart entre les rendements à deux ans américains et ceux de la zone euro s’est élargi à 168 pb. Il n’est pas établi que cette hausse tardive vienne du pétrole : du 18 au 29 septembre, les rendements américains ont monté alors que le pétrole baissait, et la compensation de l’inflation a à peine varié.
Sur la même période, le spread High Yield américain, c’est-à-dire le surcroît de rendement que paient les entreprises à la signature plus fragile par rapport aux obligations du Trésor américain, s’est élargi de 40 pb, à 308 pb, tandis que les spreads Investment Grade ont à peine bougé.
Le dollar a progressé face à l’euro comme face à la livre sterling. L’indice du dollar a gagné 2,0 %, à 101,45, et l’euro a reculé de 2,1 %, à 1,1355 dollar. Pour un investisseur en euros, l’appréciation du dollar a accru la valeur en euros des actifs en dollars sans couverture de change, ainsi que le coût en euros de l’énergie facturée en dollars.
Le S&P 500 a terminé le mois en léger repli, à 7 651,54, tandis que le Nasdaq 100 a gagné 3,2 %, à 30 408,50 : aux États-Unis, les gains se sont donc concentrés sur les grandes valeurs technologiques. L’Euro Stoxx 50 a reculé de 2,4 %, à 6 269,02. L’or a reculé de 6,6 %, à 4 186,70 dollars, et affiche une baisse de 3,6 % depuis le début de l’année, une évolution compatible avec un cours de l’or guidé par la hausse des rendements réels américains plutôt que par un rôle de protection contre le conflit.
Matières premières
Le passage du brut par Ormuz s’est redressé, avec l’appui des escortes américaines et de la réorientation des flux par oléoduc ; les produits raffinés et le GNL sont restés contraints, et le Brent a terminé le mois en hausse de 14,4 %
Fin septembre, le pétrole brut transitait de nouveau par le détroit d’Ormuz ; le prix du pétrole n’a toutefois pas reflué avec le redressement des volumes de brut, et l’offre de produits raffinés et de gaz naturel liquéfié (GNL) est restée contrainte.
Selon des données de Kpler citées par CNBC, les flux de brut par Ormuz ont retrouvé leur niveau d’avant le conflit, soit environ 13,5 millions de barils par jour (Mb/j), au cours de la semaine close le 28 septembre, alors que les produits raffinés ne transitaient qu’à environ un cinquième de leur niveau normal. Selon CNBC, ce redressement est intervenu alors que les escortes militaires américaines accroissaient les expéditions et que les oléoducs réorientaient les flux. L’approvisionnement pétrolier par le détroit repose donc sur un dispositif militaire, et non sur un règlement. La capacité de ce dispositif à durer reste incertaine : de nouvelles attaques contre des pétroliers ont été signalées, et l’Iran a menacé les infrastructures énergétiques de toute la région.
Le Brent, référence mondiale du pétrole, est parti de 90,49 dollars le 31 août, a franchi les 100 dollars le 9 septembre et a culminé à 108,75 dollars le 15 septembre. Il a terminé le mois à 103,53 dollars, soit 14,4 % au-dessus de son niveau initial et environ 5 % sous ce pic ; sa hausse atteint 70,1 % depuis le début de l’année.
Les routes qui contournent Ormuz n’ont pas réduit la dépendance du Golfe à l’égard du détroit. Des drones ont frappé l’oléoduc Est-Ouest saoudien, qui rejoint la mer Rouge, et, selon Reuters, la prime d’assurance contre les risques de guerre pour les pétroliers à Yanbu, le port saoudien sur la mer Rouge, a atteint environ 3 % de la valeur du navire, contre moins de 1 % début juillet. Au 29 septembre, les chargements avaient repris à Yanbu à un rythme réduit ; selon Reuters, il pourrait falloir encore un mois pour retrouver le rythme d’avant l’attaque.
Le gaz européen a peu varié sur le mois et s’établit à environ deux fois et demie son niveau de la fin de l’an dernier. QatarEnergy a prolongé jusqu’à la fin novembre la force majeure sur ses livraisons de GNL vers l’Asie et l’Europe. Si le GNL du Golfe ne représente qu’une faible part de l’approvisionnement propre de l’Europe, son absence maintiendra probablement à un niveau élevé le prix mondial payé par l’Europe, alors que, selon la presse, les stocks européens sont bas à l’approche de l’hiver.
Pour les entreprises, les prix du gaz, les taux de fret et les primes d’assurance sont restés élevés, et l’offre de produits raffinés comme le gazole est restée contrainte. Il n’est pas établi que la part du brut du Golfe acheminée par oléoduc, environ 40 % contre 17 % avant le conflit selon des données de Kpler citées par CNBC, reste plus élevée après une réouverture.
Les autres évaluations
- GéopolitiqueLe brut du Golfe transite de nouveau par Ormuz, avec l’appui des escortes américaines et de la réorientation des flux par oléoduc ; le GNL et les produits raffinés restent contraints, et la négociation entre les États-Unis et l’Iran porte sur l’ordre des étapes
- Perspectives stratégiquesLe brut est revenu par Ormuz sans règlement, avec l’appui des escortes américaines et de la réorientation des flux par oléoduc, et les coûts de l’énergie sont restés élevés : l’Europe paie surtout par l’énergie, les investisseurs par la hausse des taux d’intérêt, et le moment décisif se situe après le 3 novembre